« Seigneur, à qui irions-nous ? vous avez les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6,68)

" Le Christ n'enlève rien et il donne tout " (Benoît XVI)

Notre dame du Sacré Coeur

" Monsieur l'abbé, vous pouvez nous raconter des histoires? "

Au camp d'été, deux louvettes, élèves du catéchisme pendant l'année, se souvenaient que leur aumônier racontait de saintes histoires pour illustrer les cours du mercredi après-midi. Quand les activités leur laissaient un peu de répit et qu'elles voyaient au loin l'abbé, elles courraient vers lui et avec un grand sourire lui demandaient:

" Monsieur l'abbé vous pouvez nous raconter des histoires? "

Et monsieur l'abbé répondait:

"Vous voulez des histoires ? Venez on va s'asseoir à l'ombre. Connaissez vous celle de...?"

On s'asseyait et en quelques instants ce n'étaient pas deux mais cinq, six, dix louvettes qui accouraient pour écouter.

Bienvenue sur le blog "Histoires saintes" animé par un prêtre. Bien souvent les catéchistes cherchent à illustrer leurs leçons par des exemples et des histoires visant à captiver l'attention des enfants tout en gravant les vérités saintes dans leur esprit et dans leur cœur. Ce blog voudrait leur faciliter la  tache.

Publié par histoires saintes

HISTOIRES pour l'Explication du Catéchisme à l'usage des Diocèses de France


DIX-NEUVIÈME LEÇON

L'Église.
 
VINGTIÈME LEÇON
 
Les marques de la Véritable Église.
 
VINGT-ET-UNIÈME LEÇON
 
Les membres de l'Eglise.
 
VINGT-DEUXIÈME LEÇON
 
La communion des saints.
 
 
Un martyr de la fidélité au Pape.

 

C'était dans les premiers jours de janvier 1572. La Pologne, tour à tour dominée par des partis politiques et religieux qui se déchiraient les uns les autres, était, à ce moment-là, gouvernée par un prince qui espérait se faire donner la couronne, grâce à l'influence du landgrave de Hesse, et comme ce dernier avait embrassé la doctrine de Luther, il cherchait à entraîner la Pologne dans l'hérésie et le schisme. La ville de Posen avait alors pour évêque un vieillard également vénérable par ses années, sa science et sa vertu.


Un soir de ce mois de janvier 1572, un homme vint à la demeure épiscopale, porteur d'un message de la part de Wolodowski. Le message apporté à l'évêque le mandait immédiatement chez Wolodowski.

L'évêque se leva, prit la pelisse de fourrure qu'il mettait pour sortir et suivit le messager. Un traîneau attendait devant la porte, tous deux y montèrent et l'attelage partit. Quelques instants plus tard, il s'arrêtait au palais du gouverneur. Mgr Zamoviski — c'était le nom de l'évêque — fut introduit immédiatement près du souverain, ou du moins prés de celui qui prétendait l'être.

 

Wolodowski se leva, offrit un siège au prélat et lui dit :

 

« Excellence, le temps n'est pas aux longs discours... Je suis maître à Posen, et d'ici peu de jours toute la Pologne sera soumise à mes lois... Or, j'entends être le maître de tout et de tous. Il ne me convient pas d'avoir pour sujets les membres d'un clergé dont le chef est à Rome. Brisez les liens qui vous unissent au Pape, vous reprendrez une force, une vigueur nouvelle, et taus les biens, toutes les richesses, tous les honneurs seront votre partage.

 

— Que me proposez-vous? Briser les liens qui m'unissent avec le Pape? mais il est le représentant de Jésus-Christ sur la terre... Ma seule raison d'être est précisément dans mon obéissance, car je ne suis rien que par lui; je suis son délégué pour administrer une portion de l'Eglise du Christ,..

 

Excellence, dit Wolodowski en rapprochant son siège de celui de l'évêque, Excellence, suivez mon conseil et vous serez tout... Vous serez le Pape de Pologne, il n'y aura pas une autorité au-dessus de la vôtre, vous serez...

 

— Assez... assez.., dit l'évêque en se levant... J'ai promis devant Dieu de gouverner mon diocèse sous l'autorité du Pape, je ne serai pas parjure à mon serment, dussé-je payer de la vie ma fidélité.

 

— C'est votre dernier mot?

 

— C'est mon dernier mot...

 

Un grand silence se fit.... Mgr Zamosviski avait tiré de son sein un crucifix qu'il considérait avec recueillement, son calme était profond... Il disait ses dernières prières. Wolodowski appela... Un officier vint vers lui :

 

« Que le grand-maître de police vienne à l'instant. »

 

Quand celui-ci parut, le prince lui remit un pli cacheté qui était préparé sur son bureau, et lui dit : « Emmenez Son Excellence dans votre traîneau; prenez la direction de la Warta; pendant la route, vous lirez l'ordre que je vous remets. Vous répondez sur votre tête de la rapidité avec laquelle vous l'exécuterez. »

 

« Bon voyage, Excellence », ajoute-t-il en riant. L'évêque salua sans répondre et sortit.

 

Le maître de police installa Mgr Zamoviski dans le traîneau, avec tous les égards dus à son rang et à son caractère.., puis, tandis que la voiture glissait sur la neige, il s'approcha des flambeaux qui éclairaient sa marche, décacheta l'ordre et le lut. Rien ne peut rendre la stupeur, l'effroi, puis l'arrogance de cet homme. Avec l'instinct d'une nature basse, il comprit qu'il avait dans cet ordre matière à un avancement prodigieux... il se sentait grandir dans son misérable orgueil... Cet évêque, devant lequel il s'inclinait naguère, devenait son prisonnier, sa victime, le jouet de sa volonté... Il en était le maître. Ces pensées l'absorbaient si complètement qu'il ne songea pas à se détourner de sa route... Le cocher lui dit :

 

« Faut-il traverser la Warta? » Cette question le fit sortir de son rêve...

 

« La Warta?... déjà?... Non... non, il faut auparavant aller chercher le bourreau. J'ai à parler au vieux Michel. »

 

Le cocher crut qu'il s'agissait d'un oubli du maître de police et dans sa tête lente à penser, lente à comprendre, se heurtèrent pendant quelques instants des mots dont il ne pouvait imaginer le rapport : l'Evêque, le maître de police n'osait pas lui parler...

 

Il cria de nouveau au cocher : « A la Warta. » Au bout d'un quart d'heure, l'attelage fumant s'arrêtait sur la rive...

 

L'Evêque descendit.., il commençait à comprendre... Le bourreau s'avança jusqu'au milieu du fleuve dont la glace était si épaisse qu'un régiment eût pu passer sans en ébranler la surface... Sur un ordre du maître de police, le vieux Michel prit sa hache et fit un trou... L'Evêque se mit à genoux.., le maître de police regardait... Quand le trou fut assez grand pour livrer passage au corps d'un homme,

 

le maître de police dit : « C'est assez! » puis il attendit... Le bourreau ajouta :

 

« Pour qui cette horrible tombe?

 

— Pour celui qui prie là-bas. »

 

Le bourreau sursauta; il fit un signe de croix... L'Evêque avait tout vu, tout entendu... Il se leva, retira sa pelisse de fourrure qu'il tendit à Michel...

 

Celui-ci recula épouvanté... « Je voudrais te donner plus et mieux, ami, tu m'ouvres le ciel! »

 

Cet homme fondit en larmes. Le maître de police fut ému... Il se hâta... et se tournant vers l'évêque : « Il faut descendre là! »

 

Mgr Zamoviski leva les yeux au ciel et dit : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. »

 

Il avança... la glace s'était déjà reformée et le soutenait. Le maître de police prit la hache de Michel et donna un grand coup sur la surface encore fragile, le martyr disparut dans un remous effrayant où l'on entendait les blocs de glace se heurter et se briser... Quand le mouvement eut cessé, ils se penchèrent... l'abime les attirait... et quand ils se redressèrent, la glace épaisse et blanche était reformée comme auparavant.

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