« Seigneur, à qui irions-nous ? vous avez les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6,68)

" Le Christ n'enlève rien et il donne tout " (Benoît XVI)

Notre dame du Sacré Coeur

" Monsieur l'abbé, vous pouvez nous raconter des histoires? "

Au camp d'été, deux louvettes, élèves du catéchisme pendant l'année, se souvenaient que leur aumônier racontait de saintes histoires pour illustrer les cours du mercredi après-midi. Quand les activités leur laissaient un peu de répit et qu'elles voyaient au loin l'abbé, elles courraient vers lui et avec un grand sourire lui demandaient:

" Monsieur l'abbé vous pouvez nous raconter des histoires? "

Et monsieur l'abbé répondait:

"Vous voulez des histoires ? Venez on va s'asseoir à l'ombre. Connaissez vous celle de...?"

On s'asseyait et en quelques instants ce n'étaient pas deux mais cinq, six, dix louvettes qui accouraient pour écouter.

Bienvenue sur le blog "Histoires saintes" animé par un prêtre. Bien souvent les catéchistes cherchent à illustrer leurs leçons par des exemples et des histoires visant à captiver l'attention des enfants tout en gravant les vérités saintes dans leur esprit et dans leur cœur. Ce blog voudrait leur faciliter la  tache.

Publié par histoires saintes

HISTOIRES pour l'Explication du Catéchisme à l'usage des Diocèses de France

VINGT-TROISIÈME LEÇON

La rémission des péchés.
 
VINGT-QUATRIÈME LEÇON
 
Les fins dernières de l'homme.
 
Mort sereine.

 

Ils étaient toute une bande de joyeux, camarades, tous gais fils des Tropiques au sang chaud, à la tête légère, mais au cœur bon. Ils se trouvaient réunis pour les vacances sur la propriété que les parents de l'un d'eux, les Romert, possédaient à la Martinique, aux environs de la malheureuse ville de Saint-Pierre, aujourd'hui disparue.
Et, chaque jour, les écoliers en liberté, comme de jeunes oiseaux avides d'air, s'ébattaient dans la campagne tout en formant des projets pour les plaisirs du lendemain.
Un soir qu'ils étaient tous réunis dans un petit verger, à peu de distance de la maison, où croissaient de beaux arbres dont les fruits tentateurs n'étaient pas toujours à la portée de leurs mains, il prit envie à certains d'entre eux de grimper, tels des écureuils, au faîte des arbres pour cueillir les fruits qu'ils convoitaient. C'était chose naturelle.
Voilà donc une partie de nos collégiens perchant, soit dans un manguier, soit dans un goyavier et, à leurs compagnons, restés sagement à terre, ils lançaient adroitement leur part du butin.
Parmi les premiers se trouvait un jeune garçonnet venu de la Guadeloupe, l'île sœur, et confié par ses parents à leurs cousins les Romert.
Emile M..., affectueux et bon, doué d'un charmant caractère, était très aimé de ses camarades. Il avait fait sa première Communion dans l'année et se trouvait encore sous l'influence des grâces ineffables que le Seigneur accorde aux jeunes âmes qui le reçoivent pour la première fois.
De son perchoir, l'enfant devisait avec ses camarades, et ses saillies naïves et douces trahissaient un esprit exempt de toute souillure. D'instinct il avait horreur du mal qu'il ignorait et dans son innocence il trouvait la terre belle et l'aimait, mais le ciel, qu'il jugeait incommensurablement plus beau, l'attirait étrangement.
Peu à peu il était monté tout à fait au faîte de l'arbre et ses yeux découvraient un panorama magique. Au-dessous de lui, c'était, dans tout son pittoresque, un coin de l'île française étroitement encerclée par les flots bleus. Au-dessus, c'était le ciel, avec son mystère attirant..., l'insondable azur que ses yeux auraient voulu sonder.
« Combien il me parait proche, ce soir, mon beau ciel!... Ah! si les anges me tendaient une échelle... »
Et l'enfant, suspendu au-dessus de l'abîme du monde, rêvait devant l'abîme de l'éternité.
La sensation d'une piqûre à la main gauche l'arracha brusquement à sa contemplation. Un serpent souple et fin comme un ruban lui enserrait le poignet.
« Tiens, fit Emile, en le considérant, les couleuvres d'ici piqueraient-elles? »
Il passa et repassa les doigts de la main droite sur le corps lisse du reptile, et celui-ci, qui semblait endormi, sous cette caresse redressa tout à coup sa fine tête en triangle, et de nouveau piqua l'enfant.
« Oh! c'est trop fort! la vilaine! celles de mon pays sont plus gentilles; mais aussi il me semble qu'elles ne sont pas tout à fait pareilles, leurs têtes diffèrent. »
Et se penchant par-dessus les branches, Emile interpella ses camarades :
« Voyez donc cette curieuse petite bête, n'est-ce pas une couleuvre?
— Une couleuvre... eh! dis donc! si c'était un trigonocéphale?
— Qu'en sais-je? il n'en existe point à la Guadeloupe. Je n'y connais que d'inoffensives couleuvres, Je croyais que c'en était une. Renseignez-moi. »
Et l'enfant, imprudent sans le savoir, lança par-dessus la tête de ses amis le reptile, qui était bien une venimeuse vipère.
Mais les Martiniquais sont prudents quand il s'agit de ce qui peut rappeler le dangereux trigonocéphale dont leur île est malheureusement pourvue. Tous, ils firent un bond de côté, si bien que l'ophidien, trouvant place libre, se hâta de ramper pour disparaître bientôt dans une fissure de rocher.
« Ma foi, fit Jack Romert après avoir cherché un moment, ces bêtes-là ne se laissent pas aisément examiner, elles font du mal puis se mettent à l'abri. Celle-ci ne t'a pas piqué, j'espère?
— Si. Et par trois fois.
— Alors descends bien vite et courons à la maison; il se peut que ce soit une vipère fer de lance. Nous appelons ainsi le petit trigonocéphale dont la piqûre très venimeuse peut donner la mort. On en trouve dans les arbres où ils vont dénicher les petits oiseaux.
— Oh ! je ne crois pas que c'en soit une, fit négligemment Emile. J'opine plutôt pour une couleuvre. Cependant, pour te rassurer, je descends. »
Il prit bien quelques minutes à le faire, incommodé par son bras gauche qui commençait à s'engourdir. Lorsqu'il fut au pied de l'arbre, ses camarades, avec l'étonnante mobilité d'esprit due à leur âge, ne pensaient plus à son accident.
Un vol d'oiseaux les avait attirés à quelques pas de là, au bord de la falaise, et ils se disputaient pour savoir lesquels avaient raison : ceux qui disaient que c'était un passage de pluviers ou ceux qui pensaient reconnaitre des bécasses.
Emile voulut les rejoindre, mais, chose étrange, il éprouva comme un étourdissement et dut s'appuyer contre un arbre. Bientôt ce fut un léger frisson qui lui tomba sur les deux épaules et, lui gagnant le clos, descendit le long de la colonne vertébrale.
« Allons, se dit-il, je prends froid à rester ainsi en place.» Et quoique la tête lui tournât et que son corps lui parût plus lourd, i1 parvint à réagir et put rejoindre les autres.
« Ah! c'est toi... fit Jack frappé de sa pâleur; fais voir où tu as été piqué. »
Emile tendit sa main qu'il avait enveloppée de son mouchoir; mais lorsqu'il eut enlevé celui-ci, il ne put s'empêcher de tressaillir. Quant à ses camarades, ils avaient tous pâli en jetant les yeux sur cette pauvre main gonflée et déjà tuméfiée qui se tendait vers eux. Trois horribles blessures en triangle s'y voyaient.
« Ne t'effraie pas... ce ne sera rien... fit Jack, d'une voix qui voulait être rassurante et qui n'était que hachée par l'émotion; mais rentrons... sans plus tarder.
— Je n'ai pas peur, fit le garçonnet assez calme; cependant le regard que voila sa paupière, était tragique.
Il avait compris qu'il était perdu c'était le frisson de la mort qui l'avait si violemment secoué l'instant auparavant. « Je n'ai pas peur... mais rentrons. Il est trop tard pour rien tenter... mais je veux mourir dans les bras d'un père et d'une mère. Les miens sont loin.., les tiens sont là, Jack!... »
Il fut sinistre, ce retour des écoliers, partis de la maison quelques heures plus tôt si gais, si insouciants.
Nul n'osait dire un mot... malgré la légèreté de leur âge, ils sentaient dans toute son imposante horreur cette approche de la mort à la rencontre de l'un d'eux, le préféré de tous.
Il était maintenant étendu sur une chaise-longue oh, disait-il, il voulait s'endormir de l'éternel sommeil, entouré de ses jeunes amis et de leurs parents.
Un médecin, appelé en toute hâte, avait reconnu l'inutilité de sa science devant l'œuvre du venin, inoculé depuis trop longtemps dans les veines de l'enfant. Et les antidotes essayés par acquit de conscience n'avaient qu'augmenté les douleurs et l'horrible angoisse de la jeune victime.
Mais le prêtre aussi était venu et il avait versé le baume de la confiance dans cette petite âme haletante aux approches de l'Eternité.
Et depuis Emile semblait eu paix. Sa jolie figure était crispée, ses doux regards s'éteignaient peu à peu, son corps se raidissait et se glaçait, mais sur ses lèvres flétries, comme les corolles d'une rose gisante, passait, du temps à autre, un sourire bon et résigné.
« Papa... maman... disait-il; vous qui les reverrez, parlez-leur de moi... dites-leur de ne pas trop pleurer... nous nous reverrons au ciel où je les précède.
Puis il nommait ses camarades l'un après l'autre.
« Nous étions de bons amis... vous m'aimiez... j'emporte vos noms dans mon cœur! Si quelquefois je vous ai fait de la peine, oubliez-le... » Et les pauvres collégiens de s'écrier :
« C'est à nous qu'il faut pardonner de n'avoir pas toujours été bons pour toi... de n'avoir même pas su empêcher la mort de t'approcher. Tu étais parmi nous et elle t'a touché, elle t'emporte ! »
Et c'était déchirant de voir sur ces jeunes visages cette expression d'impuissance amère et de regrets infinis en présence de l'irréparable! Tous ils sanglotaient,
« Ne pleurez pas... je vous aime! C'est le bon Dieu lui-même qui me vient prendre pour son ciel! Je l'aimais tant! et il m'attirait si bien... son Paradis! »
Pen à peu la parole lui manqua.
« Chantez.., tous en chœur... vous savez comme au collège... à la fin du jour... Sub tuum »
On comprit qu'il s'en allait et que sa petite âme angélique, qui se dégageait des liens terrestres, voulait monter vers l'azur, bercée par un rythme harmonieux et pieux.
Alors ses pauvres amis, avec l'accent pénétrant et solennel que leur prêtait leur profond chagrin, entonnèrent l'hymne sacrée. Quand les dernières phrases moururent sur leurs lèvres, ils sentirent passer comme une caresse sur leurs fronts recueillis.
Le ciel s'était ouvert pour celui qui le désirait tant.

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