« Seigneur, à qui irions-nous ? vous avez les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6,68)

" Le Christ n'enlève rien et il donne tout " (Benoît XVI)

Notre dame du Sacré Coeur

" Monsieur l'abbé, vous pouvez nous raconter des histoires? "

Au camp d'été, deux louvettes, élèves du catéchisme pendant l'année, se souvenaient que leur aumônier racontait de saintes histoires pour illustrer les cours du mercredi après-midi. Quand les activités leur laissaient un peu de répit et qu'elles voyaient au loin l'abbé, elles courraient vers lui et avec un grand sourire lui demandaient:

" Monsieur l'abbé vous pouvez nous raconter des histoires? "

Et monsieur l'abbé répondait:

"Vous voulez des histoires ? Venez on va s'asseoir à l'ombre. Connaissez vous celle de...?"

On s'asseyait et en quelques instants ce n'étaient pas deux mais cinq, six, dix louvettes qui accouraient pour écouter.

Bienvenue sur le blog "Histoires saintes" animé par un prêtre. Bien souvent les catéchistes cherchent à illustrer leurs leçons par des exemples et des histoires visant à captiver l'attention des enfants tout en gravant les vérités saintes dans leur esprit et dans leur cœur. Ce blog voudrait leur faciliter la  tache.

Publié par Histoires saintes

Nous reproduisons ici un passage d'une conférence de Maurice Zundel, lors d'une retraite en 1959

Voici le lien vers la conférence complète qui avait pour titre: Saint Joseph, Maître d'amour.

Rappelez-vous ce mot étonnant de l'apôtre saint Paul au premier chapitre de l'épître aux Romains : quand il a énuméré tous les vices des païens, dans cette série noire où viennent les crimes les plus impensables, les transgressions les plus opposées à la nature, quand il nous a plongés dans cette boue du monde païen, il conclut par ce tout petit mot : " Et ils sont sans affection... Ils sont sans affection... " comme si c'était là l'abomination de la désolation, le dernier crime ! " Ils sont sans affection " ils sont incapables d'aimer.

Comme le récit de saint Matthieu que nous venons de méditer nous donne une note essentiellement différente : comme les saints sont capables d'aimer ! Ce sont eux, justement, qui s'élèvent au sommet de l'amour et qui donnent aux affections humaines toute leur valeur, toute leur portée, toute leur transparence et toute leur unicité.

Saint Jérôme - sainte Paule ; saint Chrysostome - Olympia ; saint Benoît - sainte Scholastique ; saint François - sainte Claire ; sainte Thérèse - saint Jean de la Croix ; saint Jean Eudes - Marie des Vallées ; saint François de Sales - sainte Jeanne de Chantal... combien souvent on retrouve aux origines des plus grandes œuvres dans l'Église, justement, cet échange d'âmes de l'homme et de la femme qui se sont rencontrés et qui s'échangent dans le mystère de Dieu.

Etre chrétien ne veut pas dire ne pas aimer, mais aimer comme Dieu aime, aimer infiniment, aimer en vérité, aimer dans le don de soi, aimer pour porter l'autre au sommet de lui-même jusqu'au niveau du cœur de Dieu. Et c'est là que nous pouvons, justement, envisager ce chapitre des amitiés dites particulières. Ce mot me paraît ridicule, ridicule, permettez-moi de le dire, parce que une amitié n'est jamais une place publique, une amitié est nécessairement quelque chose de singulier, d'unique et de silencieux. Je vois bien d'ailleurs ce qu'on entend par-là et je vais y venir.

Il est clair que vous avez un cœur comme tout le monde et j'espère que vous n'êtes pas sans affections, autrement le mot de saint Paul tomberait sur vous. Mais il est impossible que vous soyez comprises dans cette condamnation.

Il est tout à fait naturel que vous ayez des affections, que vous ayez une affection, que vous la trouviez d'ailleurs dans votre communauté. Si vous ne la trouvez pas dans votre communauté, ailleurs - cela peut être ailleurs, d'ailleurs, d'une manière tout aussi légitime - mais enfin il est tout à fait normal et il est souhaitable que vous trouviez une telle affection dans votre communauté.

Il est infiniment heureux que deux âmes religieuses et consacrées aient des affinités à tous les plans, qu'elles se comprennent immédiatement et qu'elles se sentent intérieures l'une à l'autre. Comment ce Dieu pourrait être offensé d'une telle rencontre, puisque il en est nécessairement le centre et le lien !

Au contraire, il est tout à fait normal, il est, je dirais, inévitable, il est impossible qu'il en soit autrement, il est tout à fait naturel que le chemin de la plénitude qui conduit à Dieu soit précisément une amitié humaine. Car c'est justement dans une amitié humaine, scellée bien entendu sous le regard de Dieu et dans son cœur, c'est normalement dans une amitié humaine que le visage de Dieu va transparaître et que nous percevrons les battements de son cœur.

Il est donc souhaitable que vous fassiez cette rencontre en plénitude dans votre communauté - ou en dehors si ce n'est pas possible - et la proscription qui se formule dans le mot " interdiction des amitiés particulières " veut dire ceci - qui est d'ailleurs juste - : si vous avez une amitié, qu'elle ne porte jamais tort à l'unité de la communauté, qu'elle ne soit jamais une exclusion à l'égard de personne, qu'elle ne gêne jamais l'échange fraternel qui doit régner entre les membres de la communauté, qu'elle ne s'affiche pas, qu'elle ne s'étale pas, qu'elle ne murmure pas dans un coin, qu'elle devienne Fête-Dieu au contraire pour tous, pour tous et pour chacun. Cela demande une extrême délicatesse, mais c'est justement là le chemin de la véritable amitié.

Si vous aimez quelqu'un de cette amitié profonde, unique, le signe que c'est vraiment une amitié profonde et unique, c'est que vous soyez prêtes immédiatement et sans hésiter à la quitter, je veux dire à quitter la personne que vous aimez de cette amitié-là dès que un tiers ou une tierce, c'est un autre surgit et a besoin de vous, parce que, si vous hésitez, si vous voulez en faire une possession, c'est le signe que vous n'aimez pas encore d'une manière entièrement généreuse, entièrement transparente, entièrement donnée.

Et il faut toujours, toujours, toujours éprouver nos affections au creuset de la divine Pauvreté. Il faut qu'elles ne deviennent jamais une possession, mais que justement, en nous donnant à un être dans notre intimité la plus divine, nous soyons par-là même toujours plus ouvert au mystère d'une autre âme, même si son visage apparent ne nous est pas sympathique, même si nous ne sentons aucune affinité avec elle.

Dans la mesure, justement, où nous serons capables de cette souplesse, de cette disponibilité, nous enrichirons l'être que nous aimons d'une manière plus personnelle, d'une manière unique, parce que nous grandirons, nous grandirons, nous deviendrons une valeur toujours plus digne d'estime et de respect, et nous serons aptes à lui communiquer toujours mieux, et à travers elle au monde entier, cette présence de Dieu qui est la respiration de toute tendresse.

C'est cela que saint saint Joseph nous aidera à comprendre, parce que il a aimé, il a aimé d'une manière unique, unique, incomparable. Il a aimé d'une manière nuptiale, d'un amour qui s'inscrit comme une étoile de première grandeur dans l'éternité, il a aimé jusqu'au bout, jusqu'à la démission, jusqu'à l'agenouillement, jusqu'au respect qui scelle ses lèvres dans ce silence qui est le plus grand hommage de son amour.

A qui pourrions-nous demander d'être notre guide dans l'amour humain, sinon justement à cet homme immense, à ce géant du silence, qui a mérité d'être appelé par Marie le père de Jésus Christ, dans cette canonisation qui est sa plus belle auréole, et qui a été consacré dans cette paternité unique qui rejaillit sur nous tous : " Votre père et moi, dans la douleur, nous vous cherchions. "

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